Jean Boyé, peintre et poète
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Le poète

La poésie de Jean Boyé prolonge son regard de peintre. Mêlant lyrisme contenu et observation précise du paysage, elle explore les mêmes thèmes que sa peinture : l’enracinement périgourdin, la beauté fragile des choses, la mélancolie des lieux.

Pour découvrir les poèmes reproduits ici, CLIQUEZ sur un titre : le poème s'affichera à la suite...

  • Périgord noir

  • Magicienne
  • La banlieue
  • Le port

  • Allemagne

  • Prestidigitateur

  • Au pays

  • Balinaises

  • Giorgio de Chirico

  • Correspondre

  • Femme

  • Bergère

  • Périgord noir (30 janvier 1989) : ce poème célèbre le paysage du Périgord noir, ses collines, ses forêts de chênes et ses villages de pierre. Il est ancré dans un territoire et une saison – l’hiver périgourdin, avec sa lumière basse et ses ciels changeants.



    Pays en deuil
    je le vois mieux
    entre chien et loup
    c'est son heure.

    M'y attachent tous les miens
    nombreux
    au long des ans.

    Et à travers
    ce que je dis
    ils parlent
    encore aujourd'hui.

    Forêts
    Partout
    vous étendez pelages
    de mystères et légendes

    vieux très vieux
    chênes verts
    châtaigniers
    présumés morts.

    Les calligraphies
    de vos branches
    développent dans l'espace
    de sinueuses généalogies.

    30/01/1989

  • Adresse (1965) : poème empreint d’imagerie mystique et sensuelle, « Adresse » témoigne d’une écriture plus onirique, ancrée dans les années parisiennes de l’artiste. Le texte mêle enchantement et méditation intérieure.



    Celle qui surprend
    Par la précision de sa vue
    N'est pas la magicienne
    Son adresse s'explique.

    L'avenir des figures
    Lui révèle des époques
    À elle-même antérieures.

    Elle joue aux couleurs
    Deux seules s'opposant
    Qui lui rappellent
    Le règne d'avant.

  • La banlieue : contrepoint aux paysages périgourdins, « La banlieue » explore la mélancolie urbaine et l’aliénation des espaces périurbains. Un regard lucide et tendre sur un territoire qui n’est pas celui des origines.



    La banlieue interminable elle défile
    à la même vitesse
    laissant sur place
    chaque fois
    les jouets
    des maisons des vélos
    les édifices maternels
    qu'a déposés la hotte urbaine

    Plus triste plus triste
    de chaque côté
    je m'échappe
    sans bouger.

    Je désespère de ne jamais rien
    trouver
    qui ressemblerait vraiment à l'inconnu.

  • Le port



    Le port
    dernier rempart
    que barricadent les grues levées qui signent
    x y z capitales de fer
    la fin de l'alphabet
    avant la page grise.
    Rien à y lire
    que la pluie du ciel.

  • Allemagne



    Cette nuit
    je ne dormirai pas
    l'histoire et avec elle
    des noms
    des villes des terres des pays m'ont tenu éveillé toute une vie.
    D'hier
    je les sais aujourd'hui devant à peu de distance
    et tous et toutes
    je voudrais les reconnaître à la traîne
    de ce qui fut mon impatience.
    Bien tristes
    je n'en vois pas plus qu'ailleurs
    et les maisons et les plaines et les gares ne m'en disent pas davantage
    elles sont autrement qu'avant.
    D'aujourd'hui
    la nuit les tire
    pour ressembler le long des rails à ce qu'elles sont.

  • Prestidigitateur (1967)



    Les rêves disparaissent
    Dans les regards en butte
    Aux cloisons du matin.
    Elle aussi disparaît
    Sous les lambris
    Sous les plafonds enneigés.
    De là-haut nous parvient
    Le message des palombes
    Qu'on effeuille une à une.
    Il tombe des plumes
    Pour s'asseoir c'est commode
    Nul besoin de siège.
    L'air à terre voler n'est rien
    Entre deux passe la connivence
    Pour un peu l’intime s'est vu.

  • Au pays



    Je suis au pays
    à l'humeur changeante
    la pluie
    et puis le soleil
    il est vrai
    que je me déplace
    j'ai peut-être dormi.
    Avant
    J’ai vu la terre grise à perte de vue
    de la déportation de l'ennui
    et à l’instant
    le pastel ivoirin et bleu
    des mers des océans veinés de leurs
    courants.
    Je m'y baigne
    tout grand l'espace
    de mélancolie en sourire.

  • Balinaises : (1965), publié dans les Cahiers du Bospicat avril mai juin 1986 n°46.



    Dans le jardin à minuit
    Les Balinaises du bassin
    Que le jet d'eau dessine
    Font des signes éperdus.
    Elles disent bonsoir
    Aux derniers passants
    D'une main puis de l'autre
    À chaque regard une gerbe
    Cinq doigts d'eau claire.

  • Giorgio de Chirico.



    Les constructeurs avaient fait de longs rêves d'Italie
    ignorant qu'ils imageaient florentine dans le désert
    places et murs de leur ville.
    Maçons boiseurs anciens anonymes tâcherons
    vous avez bâti
    vie durant toujours
    vos propres prisons.
    Élevées avec les pierres des monuments détruits les tours
    d'aujourd'hui dressent jusqu'au ciel les allégories de
    l'ordre.

    *

    À l'avant-scène d'une place au hasard d'une rencontre deux
    acteurs muets
    échangent à leurs pieds l'ombre l'heure solaire
    À l'exception assemblée anticipation du présent en 1913
    silencieux
    ils laissent supposer ce que sera le futur


    *

    Le message parti ailleurs sans laisser d'adresse a porté le
    télégramme du papier peint des murs le bric-à-brac du
    poème.
    La mémoire pleine de Chine
    de porcelaine et d'ailleurs
    s'allume blanche
    dans les réduits nocturnes
    où est rangé l'hétéroclite.

    *

    L'équerre et le compas
    d'un navigateur solitaire
    en terre sèche échoué
    qui le soir venu
    dessine des arches.

    *

    Entre elles flammes
    le ciel allume
    comme prairies
    des chandelles
    vert d'eau bouteille.
    Plus nue que coque
    sa tête balance
    le face et profil
    d'un poète aveuglé
    la blessure augurale.

    *

    Infiniment bleu
    couleur métal de nuit
    le vide couve
    un œuf en pleine terre
    une figure sans visage.
    L'incinération des détails
    des descriptions vivantes
    et ne restent debout
    que les corps consumés
    blanchis à la chaux.
    Les statues portraits
    du plâtre antique
    ces pains de sucre
    auxquels on a coupé
    leurs ailes de colombe

    *

    Le sang des tentures
    le sang des murailles
    des signaux en couleurs
    qui dressent devant nous l'interdiction d'en finir.
    Le ciel si beau
    peut laisser croire
    que le beau temps
    est là naturellement
    qu'il suffit d'attendre.
    Au loin au seuil
    de la mer d'encre
    la cheminée fume noire
    des emblèmes au vent
    ceux de la peur de l'horizon..

  • Correspondre(1965).



    Sans se rendre compte L'échange du regard Apparemment à l’œil
    Un signe quelques vues
    Pour toute réponse
    À notre adresse
    Nous recevons d'hier
    Et aussi d'avant-hier
    Les gravures grises
    D'une ville ancienne
    Et la carte postale
    Du pays introuvable.
    Le tout a été envoyé
    D’ici aujourd'hui.

  • Femme(1970).



    Au commencement
    J'ai vu la voie lactée
    Le drap que l'on tord après la lessive
    Une petite flamme blanche comme tombant du ciel.
    De très près
    J'ai vu le minuscule voile qui ne cache rien Un fil
    Une arabesque
    Laisse de la nuit
    Parce que son corps en est le moule en relief
    Au seizième siècle
    Lucas Cranach a sorti de la glacière religieuse
    le lait gelé des brebis
    Il a taillé ce corps sans soleil pour que son profil
    ressemble à une femme de neige ambrée par l'argile ocre.
    La terre a aussi ses jets d'eau
    Ceux qui perlent après avoir jailli gros comme un torrent de montagne
    Ici c'en est un qui figure une femme, ses gouttes compactes
    forment un bloc d'albâtre avec des membres d'arbre.

  • Bergère(1964).



    Elle est évidemment
    La plus belle des bergères.
    Quand il pleut à verse
    Elle mène les brebis
    Les bêtes vertigineuses
    De mon troupeau
    Derrière les barrières
    Au plus profond très loin
    Pour qu'elles paissent
    Au pays que l'on appelle
    L'Entre-Deux-Monts.

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